Ville Mont-Royal, info@resileste.com

© 2017 par Corinne Zacharyas, Ph.D.

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Ne venez pas !

Ne vous en déplaise, le(la) psychologue n’est ni devin ni magicien ! Dommage n’est-ce pas ? S’il est vrai que le psychologue passe une bonne dizaine d’années à se former pour n’acquérir qu’une base à laquelle il va devoir adjoindre nombre de formations connexes et de travail personnel, il n’est pas en mesure de lire dans vos pensées et régler vos malheurs d’un coup de baguette magique.


Et si d’aventure vous tombez sur un professionnel qui prétend avoir toutes les réponses dont vous avez besoin, immédiatement en plus (en étant passé par l’école de Poudlard), fuyez ! Aucun professionnel « psy » qui se respecte ne sera là pour vous trouver les solutions.


Mais alors, à quoi servez-vous docteure ? À vous aider à mettre en lumière vos difficultés, et à adopter une réflexion efficace pour déployer les moyens d’envisager la situation de telle sorte que vous puissiez en faire quelque chose de productif pour vous. Le travail se fait avec vous, mais surtout à partir de vous. Le(la) psychologue, le(la) thérapeute n’est pas dans votre tête, et c’est bien heureux et rassurant vous ne trouvez pas ?


Beaucoup de personnes ont peur lorsqu’elles croisent ou côtoient un(e) psychologue comme si on allait découvrir tout ce qui se passe dans leur tête, et donc tout ce qu’on veut bien se cacher à soi-même par la même occasion. Ben voyons ! C’est prêter bien du pouvoir à une personne qui n’en a pas tant. Mais cela laisse planer la possibilité qu’il ou elle va tout arranger pour soi. Ce serait génial quand même, faut bien le dire.


Qu’on magasine un professionnel pour bien réfléchir à ses questions est une chose. Mais qu’on le fasse pour qu’il ou elle le fasse à sa place et déniche la pilule miracle dès la première séance en est une autre. Pourtant combien tombent dans ce piège ? On le comprend, quand il y a des difficultés et qu’on en vient à consulter, c’est parce qu’on est bien tanné ! Mais cela ne suffit pas de vouloir que les choses changent. Il manque un ingrédient essentiel : VOUS !


Le plus important est de savoir comment vous, comme personne, prise avec un souci, désirez travailler sur vous-même. Changer une situation n’est pas forcément le plus difficile. Par exemple, si on est malheureux dans son travail, objectivement il suffirait d’en changer. Cependant, même en changeant la situation extérieure, il n’y a aucune garantie que le problème soit réglé. Vous comprenez bien que cela est tout à fait utopique et qu’il s’agit de soi en tout premier lieu bien plus que de la situation extérieure dont il faudrait s’occuper. En général on transporte le problème avec soi d’un emploi à l’autre jusqu’à ce qu’on soit en mesure de s’observer soi-même dans la situation et de changer des choses de soi-même. Cela est dû au fait qu’on a toujours une part qui nous revient. Si on n’est pas responsable de ce qui arrive, on l’est toujours de ce qu’on en fait. Ce n’est pas toujours facile d’être confronté à cette réalité. Pourtant, c’est la seule manière d’envisager les choses autrement, en s’y voyant dedans et non dehors.


Tant que le problème est ailleurs, extérieur, comme d’une épine dans le pied à extirper, rien ne peut changer. D’ailleurs, s’il s’agit d’un processus aussi objectif que celui-là, n’allez pas voir une psychologue ou une thérapeute. C’est bien plus subtil, d’où les sommes importantes qu’on peut y dépenser.


Mais quand on consulte un(e) professionnel(le) « psy », on doit s’attendre à y être impliqué. Certains parleront de résistance au changement, un frein majeur dans l’évolution de la thérapie. Et le(la) professionnel(le) apprend tout l’art de naviguer autour de cette résistance tout à fait humaine, qui sert à se protéger, au départ. À la longue ça nuit bien entendu, mais c’est pour une bonne cause, se sauvegarder. On veut que ça change, mais on met des freins partout.


Et si on veut magasiner pour trouver la bonne personne avec laquelle entreprendre cette démarche, faudrait aussi se donner le temps de créer un « fit ». Penser que tout cela ne dépend que de la première séance est un leurre. L’alliance de travail dont on parle tant en psychologie est fondamentale pour que la thérapie soit efficace pour le client. Elle est essentielle en psychothérapie, mais tout autant dans toute relation thérapeutique ou de coaching. Par contre, elle ne se crée pas instantanément. Il faut se donner du temps. C’est clair que lorsque cela ne fonctionne pas… après quelques séances… vaut mieux aller voir ailleurs. Mais dès la première séance ? Certains thérapeutes pensent d’ailleurs que leur alliance est bonne parce qu’ils ont eu un bon contact de première séance. C’est un bon début, mais c’est loin d’être suffisant. Une relation thérapeutique n’est pas une relation amicale, mais cela n’empêche pas qu’il faille apprendre à se connaitre un peu et qu’on s’entende assez bien.


Maintenant, considérez ceci. Alors que vos 50 premières minutes sont plombées par l’ouverture de dossier et la première connaissance de la raison qui vous amène là, vous pensez qu’il reste du temps pour « une solution ultime qui règle tout » ? On commence juste à faire connaissance, on ne sait à peu près rien ou en tout cas trop peu. En thérapie, il n’est pas forcément nécessaire de tout savoir du problème bien entendu, puisque dans le fond on travaille avec la personne et non avec le problème qui l’amène et qu’elle amène en séance. Tout l’art du thérapeute, en dehors de naviguer avec la résistance, est également d’éviter de tomber dans le piège de la résolution du problème en tant que tel. D’autres personnes seront mieux disposées pour travailler sur ce terrain très objectif.


Alors, avoir la solution miracle à la première séance ? Ben non, voyons docteure, c’est évident ! Ça ne l’est pas pour tout le monde, parole de praticienne qui en voit passer dans son bureau.


La question se pose tout de même. Pourquoi dépenser son argent si ce n’est pas pour entreprendre une vraie démarche sur soi ?


Il est tout à fait normal de passer par une phase où l’on veut que cela change de soi, sans avoir à s’impliquer. Cela fait partie d’un processus commençant par le déni, tout comme pour un deuil. D’ailleurs, en passant, il s’agit bien d’un deuil à faire au tout départ. Il s’agit du deuil que tout vient d’ailleurs. C’est comme quand on court le bonheur, en remplissant son agenda de voyages et autres multiples activités pour tenter d’y trouver du plaisir. Jusqu’au jour où on se rencontre qu’il est là en nous, tout simplement. Pas besoin d’aller chercher ailleurs, revenir à soi sera plus profitable.


Alors, oui on peut consulter quand on n’est pas prêt à changer soi-même. La différence alors c’est que votre thérapeute ne fera que de l’accompagnement et vous écoutera tourner autour du pot et de l’espérance de voir les choses changer d’elles-mêmes. Le fait de ruminer les choses en se plaignant de ce qui ne va pas, espérant trouver le moyen de faire disparaitre le bobo instantanément permet à la longue d’être écœuré de s’entendre. Ce n’est pas forcément mauvais en soi, mais alors il ne faut pas attendre que l’autre trouve la solution. Certaines personnes s’imaginent que si le(la) thérapeute ne fait pas changer les choses, il ou elle ne sera pas bon(ne). Mais c’est faire peu de cas de sa responsabilité.


Il y a donc ceux ou celles qui s’en vont après quelques séances, parce que cela ne change pas. Mais trop préoccupées par la rumination et la complainte, ces mêmes personnes ne saisissent pas les perches lancées par leur professionnel(le) ! Et ceux ou celles qui restent là at vitam aeternam. Et si vous avez le budget pour cela, pas de problème, parce que ça peut être long. Votre thérapeute sera bien comptant de vous avoir pendant des années, attendant que vous puissiez passer à autre chose !


Au moins, ne soyez pas dupe et sachez pourquoi vous faites cette démarche et payez. Et c’est correct, si on le sait et qu’on est d’accord parce qu’au moins il y a un lieu où on peut décharger un peu. Rien à redire !


N’attendez jamais que votre thérapeute change les choses pour vous. Rien ne se fera sans vous. Si vous n’êtes pas d’accord avec cette règle, ne venez pas.


Si vous acceptez une suggestion, en voici une première : avant toute démarche de consultation, posez-vous la vraie question : est-ce que je veux que ça change ou bien est-ce que je veux changer ? Tant que vous ne pouvez saisir intérieurement la différence, poursuivez votre réflexion, car autrement vous perdrez votre temps et votre argent. Il y a vraiment mieux à faire.


Autre suggestion : si vous voulez magasiner, c’est parfait. Là encore cependant, prenez le temps de découvrir. Butiner sans prendre le temps de se poser ne fait apprécier que bien peu de chose.



Bonne réflexion à vous !