La victime qui se sent mal, quel comble !

Si les victimes d’abus ne rendent pas public leur vécu, c’est avant tout parce qu’elles se sentent coupables, voire honteuses. C’est classiquement aberrant et c’est bien pourquoi rien ne peut changer, ni pour elles, ni socialement. La manière la plus efficace de faire cesser un agissement, c’est en informant, tout simplement. Mais c’est difficile à faire, souvent parce qu’on a attendu trop longtemps ! Informer immédiatement c’est bien, mais après un bon bout de temps, ce serait aussi, montrer qu’on y a participé même involontairement. Cela fait naître jugements de valeur et condamnation, plus ou moins voilée, des autres plus ou moins proches. Et cela alimente la honte. Les gens se demandent pourquoi ne pas avoir ouvert la situation avant et pourquoi le faire maintenant. Et vous remarquerez qu’il arrive bien souvent qu’on parle de vengeance lorsqu’enfin la personne se met à parler plutôt que d’admettre que depuis le départ, c’est inacceptable. Ceci dit, il arrive aussi que les victimes parlent dès la première fois sans pour autant bénéficier de l’oreille attentive pour être entendues. On les affuble d’une certaine faiblesse à ne pas parvenir à se débrouiller seule et on les renvoie à leur problème. On tourne en rond, n’est-ce pas ? Cela permet de ne pas s’occuper du problème.


Alors, la dénonciation, lorsqu’elle est envisagée, manifeste le désaccord de la victime et se veut une réparation à la honte vécue face à l’inacceptable. Malheureusement cela ne fonctionne pas. Dénoncer n’enlève pas la honte, car la personne s’est condamnée elle-même quand bien même elle dénonce et condamne la source externe du problème. Cette dénonciation ne libère pas de la honte ou de la culpabilité renvoyée à soi-même. Il n’y a alors aucune rédemption possible. Évidemment, bien des abuseurs ont conscience du malaise des victimes et jouent totalement là-dessus, amplifiant le problème.


C’est tout de même incroyable qu’on puisse se sentir à ce point coupable d’agissements dégradants à son égard. En fait, un problème réside dans le fait que la victime elle-même y contribue un peu. Ho la ! Docteure, vous prétendez que les victimes sont responsables ? Elles auraient donc bien raison de se sentir coupables ! Quel raccourci minimaliste ! Bien sûr que non. Mais vous me voyez venir n’est-ce pas ? Ce n’est pas parce qu’on n’est pas responsable de quelque chose que ça s’arrête là. On est toujours responsable de ce qu’on en fait.


Les plus grands abuseurs s’arrangent pour faire croire aux victimes qu’elles avaient la possibilité de refuser leurs demandes, leurs accusations. Ils prétendent qu’elles avaient la possibilité de s’opposer. Les abuseurs s’organisent pour faire en sorte que les victimes fassent délibérément, sans y être forcées, justement sur le principe qu’on choisit ce qu’on fait avec une demande ou une situation. Et donc elles sont responsables puisqu’elles n’ont pas été dans l’obligation d’agir ! C’est tout l’art de l’abus. Tout le monde n’est pas un bon abuseur justement. Tranquillement, insidieusement, et avec des injonctions contradictoires, la victime en vient à penser qu’elle a choisi de réagir d’une manière, qu’elle a accepté les demandes farfelues, qu’elle a voulu même toutes ces choses qui lui font sentir une telle honte. Et cela est tellement bien fait que la victime croit réellement être le maître de sa vie quand en fait elle est devenue un pantin à qui on fait croire qu’elle tient les ficelles toute seule.


Pendant ce temps, l’abuseur n’a aucun scrupule ! Une personne bien-pensante, normale, respectueuse des autres, ne laisserait pas une autre personne faire ou accepter quelque chose d’irrespectueux pour elle. Elle ne lui demanderait même pas ! Justement, elle aurait le discours et l’action contraire. Trouvez-vous normal qu’on vous assène que vous avez choisi d’agir de manière indécente dans une situation où on vous a demandé de le faire et où vous n’avez jamais voulu agir ainsi ? La personne qui abuse de vous manque totalement d’autocritique constructive, mais détient une critique destructive très habile et aussi tranchante qu’un sabre. Éventuellement elle croit tout à fait à ce qu’elle prétend et impose, et c’est là que réside ce solide tranchant en douceur. C’est elle qui devrait avoir honte, être coupable, pas la victime qui a bien plus de conscience pour se rendre compte que quelque chose ne va pas, mais qui va le retourner contre elle. La victime est piégée, quoi qu’elle fasse !


La victime se rend compte qu’elle s’est adonnée à des actions qu’elle n’aurait jamais même imaginées autrement. He bien justement. La victime n’aurait jamais pensé par elle-même à se manquer autant de respect. Le contact avec l’autre l’y a amené. Une fois que la victime sort de ce cercle vicieux, elle réalise tout ce qu’elle a accepté, agit « délibérément »… et là la honte s’empare d’elle.


Si vous avez été victime des autres, demandez-vous à quelle demande vous avez répondu. Au lieu de vous accuser, voyez comment vous avez été amené(e) à agir ainsi, et ce que vous en avez appris, des actes et de vous-même. Voyez où vous avez placé votre valeur personnelle et comment vous avez placé votre altruisme en priorité, la transformant en obligations à suivre afin de redorer votre valeur personnelle. Ce qui est important quand on prend conscience de certaines choses, ce n’est pas ce qu’on a fait, mais ce qu’on va en faire à partir de maintenant et ce que ça nous a appris. L’être humain vit des expériences, peu importe lesquelles. Mais que peut-il en tirer ? La vraie valeur réside-là. Tant que vous repousserez vos actes et non actes, que vous jugez honteux, hors de vous, comme ne vous appartenant pas, vous ne pourrez y voir vos acquis. Dites-vous par ailleurs qu’il y avait des bénéfices secondaires. Voyez un peu lesquels et acceptez qu’ils vous ont bien servi temporairement, mais que maintenant vous pourriez passer à autre chose. Pendant que vous condamnez vos actes, pendant que vous vous jugez avec tant de honte, dites-vous que d’autres, sans scrupule, font bien pires, sans aucune gêne. Les rôles et responsabilités ont été inversés !


Vous aurez appris sur vous-même et aussi sur les autres. Les abuseurs sont en réalité des personnes très fragiles qui jouent avec le pouvoir pour espérer être plus fortes. C’est le moyen qu’ils ont trouvé pour camoufler leur fragilité. Eux ne grandiront pas de cela, mais vous, oui. Votre pouvoir d’action est bien plus puissant que vous l’imaginez. Et ce n’est pas dans la dénonciation, mais bien dans la réalisation de sa propre position à ne pas prendre sa place. On projette beaucoup trop d’idéal sur les autres. Souvent les abuseurs sont pris en haute estime pendant un bon moment. Cela aveugle. Les victimes tolèrent tant et aussi longtemps qu’elles se dévaluent au profit de l’autre qu’elles surévaluent.


Par ailleurs, en général, les victimes d’abus le sont de plusieurs. Et en général, un élément traumatisant a déclenché une série de situations où la personne se retrouve manipulée encore et encore jusqu’à ce qu’elle puisse s’arrêter et voir comment elle a perdu sa valeur personnelle au profit de celle des autres. À ce moment-là elle peut commencer à reconstruire sa personne et ne plus laisser de place aux abus contre elle. Quand une personne est bien campée sur elle-même, qu’elle se sait avoir de la valeur, personne ne parvient à lui faire croire le contraire. C’est arrivé parce qu’un évènement a fait exploser la structure, a tétanisé et créé des brèches où d’autres peuvent s’insérer.


Par conséquent, la première chose à laquelle on devrait réfléchir quand on se sent si mal à la place de l’abuseur, c’est bien ce que l’on représente pour soi-même. Ce n’est pas chose facile et la consultation est faite pour cela. Bien sûr il y aura aussi de nouvelles stratégies adaptatives à développer, car avec le temps le corps a tendance à suivre des modèles de réaction automatique qu’il faut modifier. Cela peut se faire en modelant de nouvelles approches par l’expérience physique, pas juste par la réflexion mentale. Le coaching actif est là pour ça.



Bonne réflexion !

Sherbrooke, info@resileste.com

© 2017 par Corinne Zacharyas, Ph.D.

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