Quand nos mécanismes de survie nous tuent

Mis à jour : oct. 1


Depuis que l’homme est, il a dû affronter nombre de situations. La peur l’a sauvegardé dans bien des cas. C’est ce qu’on dit. Ce n’est pas toujours évident que cela nous sauve. Cela sert surtout à être prêt à parer à toute éventualité plus rapidement.


Dans la nature, une horde de loups, très intelligents d’ailleurs, poursuit un troupeau de proies, des cerfs, des biches... Mais pas n’importe comment. Les loups observent pendant des jours le comportement de leur prochain repas. Ils attendent le moment opportun, comme lorsque l’animal a beaucoup mangé, est plus lourd et ne pourra pas courir très longtemps par exemple. Ensuite ils attaquent, mais là encore de manière stratégique. Ils ne s’échinent pas à courir plus vite. Ils piègent plutôt le troupeau en le dirigeant tel un chien de berger vers un lieu où il n’y aura plus d’échappatoire. Et là, leur diner les attend ! Les proies se sont mises à courir, pour se protéger du danger, après avoir ressenti la peur d’un danger réel, le loup ! Mais leur jugement très altéré à ce moment-là les fait aller directement dans le piège.


Nous ne sommes pas des animaux ! Mais nos mécanismes de détection du danger sont ancestraux, reptiliens.


Les mécanismes de peur sont bien connus. Lorsqu’un stimulus sonore ou visuel arrive, il se rend dans le thalamus qui fait un premier décryptage et envoie le message au cortex sensoriel en vue d’en faire une détermination précise. Lui-même envoie ensuite la réponse appropriée à l’amygdale où la peur déjà déclenchée par un circuit plus court va poursuivre dans sa lancée ou stopper la production de toutes les hormones d’activation pour se protéger du danger.


Ce mécanisme primaire et viscéral est automatique et on ne peut empêcher une réaction soudaine de peur. L’analyse de la situation par le cortex sensoriel fait ensuite toute la différence dans le maintien ou pas du processus.


La peur, ce n’est pas elle qui nous sauve techniquement. C’est le bon sens qui suivra. La peur ne fait qu’activer l’alerte et permettre le déclenchement de l’action. C’est son seul rôle, comme le détecteur de fumée se déclenche lorsqu’une fumée le traverse pour nous prévenir et nous faire intervenir. Mais le détecteur n’est pas conçu pour arrêter le feu. Ce sera l’action qui suivra qui le permettra. La peur nous met en condition pour agir. Les plus intelligents, les plus forts, les plus outillés sauront ensuite prendre les décisions idéales pour se tirer d’affaire en plus d’avoir l’énergie produite par la cascade hormonale pour s’en sortir.


Mais voilà : le stress est également à la source de l’activation de l’amygdale. L’humain de nos sociétés actuelles active donc très facilement et souvent ses circuits de réaction au danger sans pourtant l’être. Alors avec une pandémie comme celle que nous vivons, la peur est d’autant plus présente.


Ces réactions viscéralement programmées pour se protéger du danger ont bien peu d’effet face à un virus. Fuir ? L’ennemi invisible est partout ! Figer sur place ? L’ennemi invisible est probablement à côté de soi ou déjà en soi. Se battre ? L’ennemi à combattre fonctionne sur d’autres modalités, insensibles à nos contrôles objectifs. Et il se nourrit des effets de la peur !


En restant dans sa peur, l’humain qui veut se protéger se tire directement dans le pied, car il s’affaiblit plus qu’autre chose. Son système immunitaire dépend aussi de son état de stress qui lui dépend aussi de son état de santé général lui-même dépendant de ce que nous mangeons et buvons. L’humain fait tout l’inverse de ce qu’il devrait faire. Mais c’est une réaction animale bien naturelle au départ.

L’humain agit un peu comme un troupeau de proies réagissant de manière erratique et peu conséquente, renforçant son problème. Par exemple, il va avoir envie de consommer des mets sucrés. Au départ, manger sucré est ancré aussi comme protection dans le sens que cela donne l’énergie immédiate pour courir soit pour fuir soit pour se battre. Ensuite on se rend compte aussi que le sucre a une autre fonction calmante, antistress. Cet effet-là permet probablement de réagir intelligemment. Les effets bénéfiques du sucre ne durent pas. Les études montrent que le sucre n’énergise que quelques minutes pour ensuite avoir l’effet inverse ! Juste le temps qu’il faut pour réagir au réel danger en fait.


Le sucre actuel et celui que les hommes des cavernes allaient chercher diffèrent quelque peu ! Face à une pandémie, un danger permanent, la peur risque de durer longtemps. Pour calmer une peur persistante envers laquelle on ne pense pouvoir rien faire, on tente de faire taire le détecteur de fumée ! L’humain se bourre de sucre !


Comme le sucre de nos jours est épuré, il se rend directement dans le cerveau, et produit cet effet calmant réclamé. Il produit aussi une dépendance importante amenant à devoir en consommer toujours plus pour avoir le même effet immédiat antistress. Ce même sucre super raffiné va créer une inflammation de l’hippocampe, impliqué dans la mémoire. Cela va nuire à la mémorisation adéquate des évènements, ce qui aura pour effet un mauvais stockage des informations de référence pour ensuite savoir réagir adéquatement aux choses rencontrées. Vous voyez le cercle vicieux ?


Ce même sucre pour calmer fait augmenter le stress par un autre physiologique. Et en plus, à cela l’humain va ajouter un tas de mets super caloriques, mais vides de substances nutritives adéquates, se retrouvant avec un système digestif ralenti, inefficace et fragile. Et comme si ce n’était pas tout, l’humain s’enlise dans son canapé devant la télévision, les jeux vidéo, les échanges de réseaux sociaux, perdant toute capacité physique à réagir. Bravo ! L’humain s’envoie directement dans le fossé, tout seul !


Le virus, pour vivre, a juste besoin d’un terrain fragile où il pourra faire sa loi. Pas si dangereux, juste ça. Même pas capable de survivre seul, il parasite ses hôtes pour utiliser leur machinerie. L’humain lui donne tout cela sur un plateau d’argent. Les personnes les plus affectées sont aussi les plus vulnérables. Et ce n’est pas une histoire d’âge même si par la force des choses nos vieux sont en effet très fragiles. Ils le sont aussi souvent par des années d’accumulation de négligence envers eux-mêmes, mais ça, on en parle moins.


Le virus, il affecte aussi beaucoup les aides-soignants, ces fameux préposés aux bénéficiaires. Pourquoi ? Ce sont souvent des personnes démunies qui ne peuvent faire autre chose que des emplois sous-payés pour lesquels on exige peu ou pas d’expériences et de connaissances, qu’on forme en quelques semaines, et à qui ensuite on demande la lune ! Voyez déjà comment on considère la fonction dont personne ne veut et que les plus démunis prennent en désespoir de cause. Ce sont souvent de gens pauvres, peu et mal instruits ou encore des immigrants prêts à se fendre en quatre pour vivre et se faire accepter en sol québécois. Ils acceptent des emplois que les gens d’ici refusent de faire pour la plupart.


Petite parenthèse, il se passe exactement la même chose dans les champs. On râlera tant qu’on voudra sur le fait que ce sont des étrangers qui récoltent nos fruits et légumes. Mais souvent ce sont les seuls à accepter, sous les conditions déplorables et/ou indécentes que personne ayant le choix n’accepterait. Ces gens-là n’ont pas les moyens de faire autrement, se mettent à consommer des mets nord-américains, bien loin de leurs traditions, et affaiblissent leur système de bien des façons. Et c’est sans oublier la tonne de stress lié à leur migration, leurs différents traumatismes accumulés… ce stress qui agresse le cerveau !


L’intelligence à réagir dépend clairement des décisions prises à partir de la peur que l’on ressent. Il arrive que des personnes perdues dans la nature, soient tellement envahies par leur stress qu’elles ne voient plus du tout les aides aux alentours et se mettent encore plus en danger, comme les proies qui courent à leur perte.


Un cerveau suractivé par le stress et la mauvaise alimentation ne peut plus réagir intelligemment, car cette même consommation archi sucrée a tendance à endormir le cerveau préfrontal, celui qui fait la différence avec les animaux ! Donc, on aggrave le problème et on court comme une poule sans tête face au danger.


Une bonne partie de la peur n’a aucun fondement. Le circuit long d’analyse du danger est compromis par notre manière de nous alimenter. Et alourdis par notre inactivité, nous ne pouvons fuir tel un troupeau trop bien repu incapable de réagir.


Ce qui est fascinant, c’est que nous, les humains, nous pouvons faire tout autrement. Pas mal de choses nous appartiennent, c’est juste à nous, les fameux humains, de décider. Autrement, on ne vaut pas plus qu’un animal affaibli qui n’a aucune chance de s’en sortir. Mais curieusement les autorités de santé publique vous diront de vous protéger avec un masque, de respecter la distanciation sociale. Et deux mois plus tard après le confinement, personne ne vous martèle l’importance de prendre soin de votre système immunitaire en mangeant bien, en dormant bien, en consommant ce qu’il faut. Au contraire, on vous abreuve de tout ce qui vous abrutit. Étrange vous ne trouvez pas ?


Étrange que l’on continue à proposer autant de cochonneries lorsqu’on sait très bien les effets pervers pires que la cocaïne sur le cerveau. Le savoir et continuer est criminel, mais ça ne dérange personne ! Les théories du complot vous diront que dans le fond, on garde les gens dans l’abrutissement, la faiblesse et la peur, pour mieux les contrôler. Et il suffit de leur offrir du sucre et des produits vides nutritivement. On entretient délibérément votre peur, celle qui vous tuera plus qu’un virus !


Alors, ayez peur mais sachez que ce n’est pas la peur qui vous sauvera mais ce que vous en ferez. Quand décidez-vous de vous occuper de vous adéquatement ?

Sherbrooke, info@resileste.com

© 2017 par Corinne Zacharyas, Ph.D.

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