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Les stratégies… c'est pour les autres !

Régulièrement, je mentionne l’importance de développer de nouvelles stratégies pour faire face adéquatement aux situations qui émergent dans la vie. Avec toutes les connaissances recueillies dans le domaine de la résilience, je ne pourrais faire autrement. Les personnes sont démunies face aux évènements traumatiques. Il n’y a qu’à voir les nouvelles de tous les jours pour s’en convaincre. Ici la fusillade de la grande mosquée de Québec, là les révélations d’agression sexuelle, par là-bas les explosions de bombes…. Partout, les gens survivants ont de grosses difficultés à non seulement récupérer, mais surtout à bien vivre. Et en plus, une fois écroulés, ils ne peuvent plus acquérir la nécessité financière pour assurer leur thérapie à leurs frais, puisque trop souvent laissés à eux-mêmes.


Pourtant, nombre de personnes s’insurgent dès qu’on mentionne l’idée de se renforcer un peu plus. Accepter de développer de nouvelles ressources semble souvent dire que c’est à nous d’être plus fort et que cela valide l’inacceptable. Je rencontre souvent ce genre de remarque imbibée de colère. C’est compréhensible mais ce faisant, en le voyant ainsi, on fait surtout du déni.

« Cela n’a pas de raison de m’arriver… »

« Cela arrive aux autres… »

« Cela est bien triste, mais je ne réagirai pas comme tout le monde, car je sais… »

« Ce n’est pas à moi d’être plus fort, mais aux vilains de ce monde d’être punis, c’est aux autorités de déployer les protections pour que rien de tout cela ne m’atteigne… »


Tout cela est vrai, mais l’un n’empêche pas l’autre comme on dit. On peut très bien mettre en place des options de protection extérieure et s’arranger pour être soi aussi mieux prémuni. Des protections, il y en a beaucoup, partout. Le monde est-il mieux protégé ainsi ? Malheureusement, cela suscite l’attente d’être protégé(e) plutôt que de penser à se prémunir, avec l’effet inverse de ce à quoi on s’attend. Combien de fois, lorsque des informations sont médiatisées, n’a-t-on pas vu ou entendu que tout le monde savait depuis longtemps, mais que personne n’a rien fait ? Mauvaise volonté politique me direz-vous. Mais cela arrive à tous les niveaux, dans les organisations, dans les familles, dans les clubs sociaux, chez les adultes et aussi chez les enfants. Oui il y a des protections et des actions de réaction, mais elles sont souvent ignorées.


Le problème est que la décision d’émettre un acte violent, contre nature, contre son prochain, est personnelle, quand bien même certaines instances pourraient tenter de nous protéger. L’injustice est partout et commence d’abord en soi. Et faire sa propre justice n’instaure pas plus de justice autour de soi, bien au contraire. Cela revient à dire tout de même que peu importe les moyens mis en place pour protéger les citoyens, il y aura toujours des écueils et autres aberrations. Et je dirais même que plus on met de protection, plus il y aura de tentation à les braver. Certains esprits mal tournés ont plaisir à remettre en question la sécurité du monde. Certains autres souffrent trop pour ne voir autre chose que leur propre vengeance comme salut ! La cupidité n’a aucune limite.

Mais alors, développer des stratégies ou pas ? Je me suis rendu compte à travers mes recherches et dans ma pratique qu’il y a un manque cruel de ressources chez les gens avant même de parler du manque de ressources gouvernementales, institutionnelles, matérielles…. Les gens atterrissent dans les cabinets quand ils sont à terre, la plupart du temps. Quel dommage, car alors cela prend tellement plus de temps à se relever. Souvent, ce n’est pas tant par manque d’accès aux ressources que par refus d’y accéder, se pensant au-dessus de cela.


Et les plus mal en point sont souvent ceux qui ont opté d’abord pour une certaine rigidité face aux choses, avec la croyance que ce n’était pas de leur responsabilité d’augmenter leur panel de ressources.


Mais l’être humain est ainsi fait. Il brave les éléments, il brave les limites diverses qui lui sont imposées. L’être humain ferme les yeux devant nombre de signes pour répondre à quelque chose qui n’a rien à voir avec sa sécurité. Et sa rigidité à tenter de se positionner autrement l’amène à se briser comme le chêne fort lors d’une énorme tempête.


Nous ne sommes jamais suffisamment outillés. Le penser est pur orgueil. Penser que ses ressources déjà acquises seront bien suffisantes c’est faire fit de la singularité de chaque évènement. Les personnes résilientes ont compris cela et sont constamment en train d’adapter leurs stratégies aux situations nouvelles. Elles apprennent à savoir utiliser les bonnes ressources. Elles apprennent aussi à s’observer dans les situations.

Ce n’est pas parce que j’accepte de voir ma nécessité de m’outiller que cela justifie les évènements inacceptables ou même que cela me rende faible ou coupable de quoi que ce soit.


Mélanger responsabilité d’action avec culpabilisation est évidemment monnaie courante et relève tout de même de cette impossibilité à s’observer dans les situations, à observer comment on a bravé soi-même les situations. Oui parfois on est au mauvais endroit au mauvais moment, par pur hasard. Et oui, par ce même hasard, on devient victime dans ce mauvais endroit au mauvais moment. Voyez pourtant ce qui fait vraiment souffrir après coup, au-delà de l’impact physique potentiel. « Pourquoi moi ? », « pourquoi j’ai réagi ainsi ? », « pourquoi l’autre et pas moi ? », « cela va arriver encore et encore… je suis en perpétuel danger ». Et le tout sans tenir compte de ce qui était disponible à ce moment-là pour y faire face. Puisque ma croyance en une sécurité absolue n’est plus maintenable, alors je suis en danger partout, mais sans jamais considérer ma position avec bienveillance ! C’est l’écart entre la croyance en son invulnérabilité et la réalité qui fait mal.