Ville Mont-Royal, info@resileste.com

© 2017 par Corinne Zacharyas, Ph.D.

  • Facebook Social Icon
  • Twitter Icône sociale
  • LinkedIn Social Icône
  • YouTube Social  Icon

L'effet placebo de la pensée magique

Mis à jour : févr 18


C’est curieux, mais il y a du monde qui se pense invincible. Des genres de #supermen ou de #superwomen… dans leur tête ! Rien ne peut leur arriver. Et si l’illusion du #bonheur fonctionne bien, aucune raison de tomber malade, d’avoir des problèmes. C’est vrai que certains spécialistes et adeptes de nouveaux paradigmes entourant la manière d’entrevoir la maladie suggèrent que c’est notre tête qui crée le problème. On se construit soi-même ses #maladies…. Bon, pourquoi pas dans la mesure où des recherches montrent que le bonheur ne tombe pas du ciel, mais s’entretient à travers toutes sortes d’actions positives et altruistes du genre donner au prochain, mais aussi de voir les choses de manière plus #optimiste, le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide. Une question de perception et d’interprétation des choses. C’est dans la tête que ça se passe. Même la notion du débalancement de notre chimie dans le cerveau est remise en question. La manière de penser, de voir les choses, de les envisager peut changer nos productions moléculaires, notre chimie, et donc notre état de bien-être intérieur. Donc, ce n’est peut-être pas si étrange !


Pour que cela soit vraiment vrai par contre, il faut remplir certaines conditions. Le #positivisme c’est bien, la pensée magique c’est autre chose. Et là encore des nuances s’imposent. L’effet #placebo ça marche ! La pensée magique a au moins l’avantage d’un effet placebo, du moins temporairement. Pourquoi temporairement ? Parce que la pensée magique a ceci de très important : elle est empreinte d’irréalisme. C’est-à-dire qu’elle ne considère pas l’ensemble de la situation de manière réaliste. Elle suppose que tout ira bien parce qu’on croit que ça ira bien ! Elle ne s’appuie que sur la croyance, la conviction intérieure, rationalisée, mais sans aucun fondement, que tout va bien aller. Et si en effet, on vit des moments de grâce, voilà la preuve que maintenant ça va bien, que tout est parfait ! Pourtant, ce n’est pas parce qu’on est convaincu que la terre est plate, ce que certains croient de nos jours, qu’elle l’est vraiment ! Nos images satellites montrent une boule, pas un plateau… Mais des sceptiques vous diront que même les voyages hors de la terre n’existent pas et qu’on vous invente tout cela, que l’on construit de fausses idées ! Les convictions de la pensée magique, ça peut aller loin.


Les spécialistes qui mettent de l’avant le fait que le cerveau construit les maladies ne suggèrent pas de se faire un lavage de cerveau et de lui implanter l’idée que tout est correct et qu’il n’y a plus aucun malaise. Ceux qui travaillent de manière juste, professionnelle et respectueuse, vous aident à comprendre comment votre cerveau construit la situation et comment un évènement mal ou pas du tout digéré laisse la place à une tentative de récupération qui, au final, risque d’être plus néfaste encore. Une information stockée dans le cerveau n’est pas qu’un assemblage de mots concrets de notre pensée rationnelle, ce que notre pensée magique fait très bien par contre. Ce n’est pas tout à fait comme ça que cela fonctionne dans le monde réaliste. Il y a aussi toute la portion émotive, vécue à l’intérieur du corps qui s’y arrime plus ou moins bien. Nos souvenirs, nos référents sont plus vécus que pensés. La pensée nous aide à les ramener à notre mémoire et à notre parole pour échanger avec les autres, par exemple. Elle nous nuit aussi à l’occasion en ressassant encore et encore une information partielle, rationnelle, décrochée du reste.


Le plus important est le vécu. C’est d’ailleurs pour cette raison que les personnes vivant de stress post-traumatique sont si souffrantes même si elles comprennent bien rationnellement la situation. C’est que la portion vécue, émotionnelle est décrochée de la portion pensée, interprétée. L’émotion tourne en boucle toute seule alors qu’on a court-circuité les voix d’accès et de stockage complet en mémoire. Pour se sauvegarder plus vite on a dissocié émotion et pensée. Les deux, ensemble, font toute la différence. Séparés, tout est débalancé !


Quand on arrive avec la pensée magique que tout ira bien, on envoie juste une information pensée, sans arrimage vécu, une reprogrammation mentale sans aucune des couleurs émotionnelles qui rend une information intérieure valide. Au-delà de l’effet placebo primaire et limité, c’est une façon de travailler très néfaste à long terme, comme le font certaines techniques qui éteignent les émotions en rappelant la pensée d’un évènement. C’est repousser à plus tard le gros boom empreint en plus d’une impression d’avoir été dupé, ce qui à l’intérieur de soi est parfaitement vrai.


Pour que ça aille au cerveau, faut que ça passe par les tripes ! Et donc par le vécu. Mais là encore, si on ne se contente que de faire revivre les émotions, on fait plus de mal qu’autre chose et c’est encore une agression pour l’individu. Ces techniques d’immersion pour estomper les effets, sans tenir suffisamment compte de l’interprétation intérieure de la personne font de gros dégâts, laissent les personnes déconstruites et incapables de fonctionner. Bref, si on veut rejouer la scène, faut aussi savoir ramasser le carnage que cela crée et ce n’est pas donné à tout le monde.


À l’inverse, l’optimisme réaliste tient compte de la réalité et de ce qu’on est pour y faire face. Tout est pris en compte. Et d’ailleurs, les personnes résilientes et en bien-être ont cette faculté d’optimisme réaliste. Elles savent reconnaitre une situation dramatique. Elles savent qu’elles doivent aller chercher des outils, de l’aide, à tout le moins se mettre en action. Elles savent aussi reconnaitre qu’elles ont été blessées émotionnellement et vont faire en sorte de digérer avec ou sans aide extérieure.


À la clinique RESILESTE on tient compte de ces deux éléments. Et encore, on n’entre pas nécessairement tout de suite dans l’action. Mais on travaille quand même sur le niveau intérieur de la personne plutôt que sur la cognition extérieure comprise de tous. Rien n’est plus éloigné de soi qu’un discours bien construit ! Dès que notre tête prend la peine de bien structurer nos mots, elle y ajoute toute la résistance idéale pour contrôler l’accès au vécu et en interdire l’entrée. C’est pratique, on comprend tout, mais justement, on comprend trop bien au lieu de vivre les choses.


Si vous pensez avoir tout compris et savoir vraiment comment faire pour éviter tout problème, posez-vous maintenant la question de comment vous le ressentez en vous. Ça veut dire quoi ? Si cette question vous arrive, c’est peut-être parce que vous avez oublié de considérer l’ensemble des éléments entourant toute situation et que vous êtes dans la pensée magique du « tout ira bien », « rien ne peut m’arriver » sans aucun argument valable. Les « je le sens bien » ne suffisent pas. Nous vivons dans une matérialité et devons tenir compte de ses règles. Tout positivisme sain doit tenir compte des réalités désagréables, autrement il n’est que mensonge envers soi-même et envers autrui. Et sachez que certains ressentent vraiment ce décalage entre votre pensée et votre vécu. Nous avons perdu beaucoup d’antennes sensorielles en tant qu’humains, mais cela ne veut pas dire qu’on n’en ait plus du tout. L’honnêteté envers soi-même est la meilleure des stratégies pour vraiment se protéger.


Allez, vivez réalistement, vous n’en serez que bien !