J'arrête quand je veux !

À la blague, pour souligner la satisfaction intense des papilles, avec humour, cette petite phrase « j’arrête quand je veux ! » dénote que notre maîtrise des quantités sera mise à rude épreuve, mais que l’attraction gustative n’aura pas le dessus ! Cela nous donne aussi l’autorisation intérieure d’outre passer notre sentiment de satiété et de continuer malgré les désagréments connus à continuer. Comme être bienpensant, on fait le choix de consommer ou non, et on s’autorise à aller trop loin. Cela vaut pour notre alimentation, mais également pour tout autre comportement.


Derrière ce deuxième degré d’observation des choses, se trouve le premier, bien enfoui et qu’on tend à négliger, celui de prendre la décision réelle, malgré la tentation, de stopper les choses. Cependant cette décision, pour qu’elle mène à l’action, bien qu’elle puisse avoir l’air immédiate et dénoter une grande maturité, cache de nombreuses phases. Selon le modèle, différentes variantes sont possibles.


Selon Prochaska (1990), il y a une première phase de préréflexion, c’est-à-dire qu’on n’a pas encore pensé à la chose qu’on devrait modifier ! D’ailleurs, il n’y a aucun problème à régler ! Comme le fait de se goinfrer de cet aliment si déroutant. Et puis le souci est ailleurs, il suffirait qu’on ne vous présente pas sous le nez de telles attractions et tout irait bien. Ce sont les autres qui détiennent le contrôle de la chose ! À ce stade-ci même si un comportement est néfaste, la personne n’a même pas idée dudit comportement ! Alors rien ne sert de tenter à changer quoi que ce soit encore.


Puis vient la réflexion. A ce moment-là, on se rend compte qu’il y a un problème qui nous nuit. Et il se trouve qu’on en a assez. Souvent cela arrive lorsque les désagréments commencent à prendre beaucoup de place. Si par exemple, vous passez la nuit à tenter de digérer un aliment délicieux, mais que votre corps n’accepte pas bien, il se peut que votre état de fatigue diurne vous interpelle. Par contre, une grande ambivalence fait tergiverser notre cerveau dans le « je veux - je veux pas », nous faisant miroiter toutes les satisfactions immédiates et minimisant ses effets secondaires moins désirables. Voyez comment parfois, on se lève avec une si bonne intention et qu’en fin de journée, après des heures d’attente, voire de contrôle, on se laisse aller en disant que ce n’est pas si grave et que c’est trop bon pour s’en priver. Et vlan, by la belle intension du matin !


Pour assurer des changements efficaces, il faut les planifier, d’où le fait que certaines personnes qui vont s’y engager illico ne vont pas s’y tenir. Elles n’y ont probablement pas suffisamment pensé, mais surtout ne s’y sont pas préparé, une autre phase du changement très importante, la préparation ! Parce que, évidemment, les changements suscitent des inconforts qu’il faut être capable de supporter ou de s’y faire aider. Si c’était si simple de changer, ce serait déjà fait n’est-ce pas ? D’ailleurs, il est fort probable que plusieurs tentatives aient déjà été effectuées. L’inconfort est tel qu’on retourne à ce qui nous fait tant de bien même si peu de temps.


Seulement quand on aura bien préparé les choses arrive le vrai changement, la phase suivante. Une bonne préparation provoquera des changements évidents beaucoup moins difficiles à intégrer. La phase d’action sera alors nettement moins pénible même si rien n’est toujours aussi simple qu’on le voudrait. La persévérance fera toute la différence, mais ne sera pas aussi lourde à soutenir. On y mettra nettement moins d’effort. La personne aura bien considéré tous les tenants et aboutissants de ses changements, c’est-à-dire ce qu’elle aura l’impression d’y perdre et la perception du gain qui en découlerait. Tant qu’il n’y a pas d’avantage perçu évident à changer, pourquoi le faire puisqu’il y a des gains au comportement actuel. C’est un peu cela dont il faut tenir compte, les avantages, les fameux bénéfices secondaires à agir contre soi par un comportement à la satisfaction immédiate et au minage sous-jacent.


Les personnes ont de la difficulté à regarder en face les bénéfices secondaires d’une action qui pourtant va leur nuire par la suite. Ces bénéfices viennent masquer un vide ou un trop nous concernant directement. Un vécu intérieur est trop difficile à tolérer alors le comportement vient patcher une dose de satisfaction immédiate. Les raisonnements divers pour s’éloigner de soi masquent toute bonne intention.


Voyez, en toute honnêteté, comment vous prenez tant en importance les effets agréables d’une situation, qui, après coup, vous nuit. Comment, pour vous convaincre, vous éloignez la conséquence, fâcheuse, dudit comportement ? Puissants, les arguments n’est-ce pas ? Il y aura toujours une litanie de bonnes raisons de remettre à plus tard… pas de problème, « j’arrête quand je veux… » et donc je continue ! Toutes sortes d’autres théories, comme celle ayant trait à la dissonance cognitive, ou encore l’action raisonnée, peuvent aider à comprendre comment, temporairement, on transforme un discours intérieur juste, en argument poids plume face au comportement soi-disant satisfaisant ! Et lorsqu’on décortique ce raisonnement, on voit bien que tout cela est absurde, mais rien n’y fait.


Une fois que le changement est commencé, qu’on s’est mis dans l’action… pensez-vous que tout est gagné d’avance ? La motivation et l’accompagnement permettront d’ancrer de nouvelles attitudes, surtout si on a tourné un peu les coins ronds de nos réflexion et préparation. Certains vous diront que cela prend 21 jours sans interruption pour intégrer un nouveau comportement. Mais en fait, il faut sûrement au moins cela et parfois plus pour éviter de retomber en arrière, déjà à cause de tous ces raisonnements qu’on se fait pour retourner au comportement aux bénéfices intéressants même temporairement. Cela est dû principalement au fait qu’on ne s’intéresse pas suffisamment à ce qui se vit en soi. Vous connaissez sûrement bien l’expression « manger ses émotions ». Cela veut tout dire n’est-ce pas ? N’oubliez pas également toutes les dépendances acquises face à toutes sortes de choses : la nourriture, le sexe, la télévision, les jeux vidéo, les drogues, et même le travail ! Qui dit dépendance dit aussi grande difficulté à s’en défaire et période de sevrage nécessaire. La bonne volonté ne suffit pas, la motivation ne garantit pas de traverser ce sevrage. Être accompagné(e) durant cette période est crucial, et d’autant plus si le comportement est bien installé depuis très longtemps.


Et dernière phase qui permet de comprendre toute la fragilité du changement, c’est le maintien. Il est d’utilité de développer des stratégies pour maintenir ses changements. Tous les types de pense-bêtes de ce monde seront alors d’un secours important pour préserver les acquis d’ici à ce qu’ils soient non seulement acquis et intégrés, mais également incrustés comme des normalités.


Alors lorsqu’on a décidé de changer quelque chose, c’est vraiment le « quand je veux ! » qui importe, la décision intérieure, qui fera la différence. Le vrai changement ne peut s’opérer que lorsqu’on s’est posé les bonnes questions avant. Si vos changements sont basés sur le désir des autres, alors ils ne tiendront pas longtemps et vous ajouteront une pression d’insatisfaction et frustration supplémentaire. Le risque ultime est de retomber dans le comportement à changer.


Curieusement il faut beaucoup d’actions positives pour contrebalancer une action négative. Mais lorsqu’il s’agit d’un choix de comportement, on met en lumière tous les côtés agréables pour contrer les effets négatifs futurs. Dans le fond, souvent ce qui nous fait changer vient du danger réel et non de la perception de celui-ci. Une perception, c’est bien relatif, mais lorsque vous venez de faire un arrêt cardiaque parce que vos artères sont bouchées, on n’est plus dans la subjectivité, c’est bien réel. La peur de mourir, plus grande encore que celle d’assumer ce qui se vit à l’intérieur nous force à modifier certaines choses. En bout de course cela laisse bien malheureux(se) car alors, on ne l’a pas choisi ce changement ! On agit par obligation plutôt que par décision en ayant bien intégré les tenants et aboutissants. Cela revient à faire le changement alors qu’on n’a pas tenu compte de toutes les phases précédentes (pré réflexion, réflexion et préparation). Un des problèmes qui peut survenir alors est de se créer une autre dépendance, un autre patch à coller sur ce qui n’a toujours pas été traité.


Comment remplacer un plaisir suprême qui tue à long terme ? Car enlever quelque chose ne sert à rien s’il n’y a aucun gain similaire, le vide sera trop important à combler. Pour savoir comment se faire plaisir autrement, il faut au moins observer comment on se satisfait avec le comportement à changer. Il est donc crucial de s’intéresser aux fameux bénéfices secondaires, ils priment sur tout ! Cela veut donc dire s’observer réellement. À partir des bénéfices secondaires, on peut voir ce qui doit être comblé, consolé, compensé. C’est de cela dont il s’agit. Lorsque vous sautez sur la plaque de chocolat ou le verre de vin ou que vous vous adonnez à un sport extrême, voyez la sensation dernière, intolérable au point de la remplacer par une autre sensation plus forte et temporairement agréable.


Posez-vous les vraies questions. Vous verrez rapidement que vous arrêterez vraiment… quand vous le désirerez. Et si vous ne pouvez le faire seul(e)

, consultez pour y parvenir. Bonne réflexion à vous !

Sherbrooke, info@resileste.com

© 2017 par Corinne Zacharyas, Ph.D.

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