D'énoncer à Dénoncer, la dévastation du D

Toute personne victime d’injustice est portée à vouloir dénoncer. On ne pourrait lui en vouloir de réclamer justice. Par contre, les effets peuvent être terribles et se retourner instantanément contre elle. Pourquoi ? Notamment à cause du besoin d’avoir raison. Pourtant, parfois, souvent en fait, même quand on a raison… on a tort.


Faudrait-il accepter l’inconvenance ? Non bien sûr ! Alors si on ne dénonce pas, alors que fait-on me rétorquerez-vous ? Votre colère est importante, et c’est bien normal.

J’ai une proposition pour vous : si vous commenciez par énoncer la chose ?

Énoncer ? Mais que voulez-vous dire « docteure-qui-ne-comprend-pas-mon-désarroi ? » Je veux dire que dénoncer est un piège dans lequel il est facile et naturel de tomber. Cela devient un combat de coq où le perdant… c’est vous ! Si vous voulez justice, et je suppose que c’est le cas, votre stratégie mériterait d’être revue et corrigée vers une action bien plus bénéfique pour vous. Au lieu de vous fatiguer à dénoncer, commencer à énoncer publiquement sans rien attendre en retour. Votre besoin d’être reconnu(e), bien que légitime, vous amènera à toucher à tout ce que vous avez subi, tout ce que vous avez accepté, même si c’était pour sauver votre peau… bref, vous amènera à remuer tellement les choses que vous tentez de repousser au loin, qu’elles vous assailliront. Et c’est ainsi que vous en perdrez la capacité à exprimer non seulement clairement, mais objectivement, les raisons de votre dénonciation. Objectivement, car en fait, votre submergement émotionnel vous éloignera de toute l’objectivité nécessaire dans une cours de justice. Et vous risqueriez de passer pour une fausse victime, tout ce que vous ne voulez pas, évidemment.


De plus, le désir de réparation agit comme compensateur à votre culpabilité d’être victime, d’avoir accepté et toléré trop de choses à votre encontre, et peut-être parfois d’y avoir contribué. Voulez-vous dire docteur que vous insinuez que c’est moi le problème ????? Non évidemment. Par contre, on peut contribuer à un problème sans en être la source, à cause justement de tout le versant émotionnel dont on ne veut pas tenir compte en dénonciation. Vous êtes au mauvais endroit au mauvais moment, certes, mais vous avez plusieurs options, comme dans toute situation. Votre réaction fera toujours la différence. Cela marquera d’ailleurs votre capacité résiliente.


Par exemple, lorsqu’une personne tente de vous intimider sexuellement, vous pouvez être terriblement gêné(e), mal à l’aise, tétanisé(e)… Mais dans le fond ce qui rend la chose obscène et peu tolérable est lié à notre culture plus ou moins puritaine remplie de tabous et d’interdits. Tout ce qui est bien attirant en fin de compte ! Certaines tribus se promènent en costume d’Adam et Ève et tout le monde voit les attributs de tous. Il n’y a pas plus d’abus sexuels là qu’ailleurs. Y en aurait-il moins d’ailleurs ? Ce serait à vérifier. Dans notre histoire humaine, voyez comment les chevilles des femmes avaient un impact énorme au-delà de leur décolleté ! On peut trouver cela bien drôle de nos jours. Dans les actes sexuellement déplacés, il y a rupture avec les convenances collectivement acceptées et imposées. Pourquoi avoir l’air puritain face aux avances déplacées ? Qui est décalé au juste ? Ne pourrait-on pas s’arranger pour rendre la chose publique au lieu de s’en offusquer ? Comment se fait-il qu’un homme montre son pénis ou face des demandes grossières en milieu de travail ? Le lieu est mal choisi, évidemment. Mais au-delà de cela, un pénis est un pénis, et rien de plus. C’est le caractère qu’on lui appose qui fait la différence. Si un homme se présente torse nu au travail, on va trouver cela peu convenable, mais cela ne choquera pas notre sensibilité, en tout cas pas autant que s’il exhibe ses parties intimes. Ce n’est tout de même pas pour rien qu’on les dit intimes. Montrer ses attraits sexuels, là c’en est trop !


Certaines personnes pensent que leur avenir professionnel est menacé en cas de refus face aux avances très humiliantes pour elles. Pourquoi s’y sentir humilié au juste ? Et ensuite, voyons comment ce même avenir professionnel ne fonctionne pas comme on l’a prévu même en n’ayant rien dit, ou en ayant accepté, surtout en ayant accepté. La culpabilité est telle qu’on se condamne tout seul. Et au bout de 20 ans, on se réveille et on réalise qu’on est pris dans ce qui est devenu traumatique et a pris tellement de place qu’on n’est même plus en mesure de travailler. Voyez comment vous, comme victime, vous vous portez maintenant ou comment vos connaissances, victimes, réagissent. En fin de compte rien n’a été gagné à tolérer et se cacher, tout le contraire de ce qui était visé au départ. En plus, la manière de réagir sur le coup fait une différence en exacerbant la situation ou en l’éteignant. Quand il y a le feu, mettre de l’huile au lieu de l’eau pour l’éteindre ne fera pas la même chose. Mais le cacher sous une couverture ne fera rien d’autre que de bruler tout ce qui se trouve en dessous, l’air de rien, insidieusement, vous laissant en friche ! Et dénoncer, vous l’avez probablement remarqué, de la manière dont cela se fait, n’amène rien de plus que ce que vous savez fort bien.


Bon alors, que faire ? Ouvrir publiquement les choses comme toute autre chose, car ne pas le faire revient à se mettre responsable-coupable, comme ayant attiré, voulu même certaines choses. Même si en vous tout cela est faux… mais vous finirez par y croire aussi ! Notre regard sur les choses change ces choses. Une réaction apeurée, gênée renforce la provocation de l’autre. De même une plainte en haut lieu renforce la mise au défi de celui ou celle qui veut vous dominer.


Pour ce qui est de l’intimidation psychologique sans être sexuelle, les choses sont un peu différentes dans la forme, mais le fond revient au même. Dans la forme, la personne qui intimide va le faire publiquement et non en cachette souvent, car c’est une manière de prendre le pouvoir en faisant peur à tout le monde par le même coup. Elle va souvent avoir l’air d’un gros chien qui aboie très fort et qui donc fait peur. Quand un énorme animal grogne et montre les dents, en général on n’est pas trop rassuré(e), cela est bien normal. Mais voyez-vous, en montrant des signes de peur, l’animal devient encore plus agressif. En tentant de se défendre et de prendre le dessus sur le coup, il y a des chances importantes qu’il vous saute dessus et vous anéantisse. Les animaux dans la nature l’ont bien compris. Face à plus puissant qu’eux, ils cessent tout mouvement et tentative d’échapper, c’est leur seule garantie de survie. Ce même animal qui se tapit au sol se sait inférieur sur ce plan. Ce même sentiment d’infériorité anime l’humain dans une relation de pouvoir.


Pourquoi faire référence aux animaux ? Parce que dans ces jeux de pouvoir, ou relations défiantes sexuelles, c’est le côté animal qui parle, domine, assaille. Si la tête était à la bonne place, bien des choses ne se feraient pas.


Et ce qui fait que certains ont beau jeu tandis que d’autres souffrent est bien souvent relié au fait qu’on y croit, qu’on ne dit rien sur le coup et qu’on ne dit rien ensuite. On peut s’opposer tant qu’on veut, mais si on est en mesure de s’accorder une valeur personnelle stable, il n’y a pas de raison d’adhérer aux incivilités des autres. Par exemple, la personne au profil du chat ne sera pas intimidée dans sa vie, car elle s’accorde plus de valeur qu’elle en accorde aux autres. Cela vient avec d’autres problèmes bien sûr, mais au moins, elle ne va pas se sentir rabaissée par les invectives des autres, qui d’ailleurs sentent très bien l’inutilité de la chose qui n’accroche pas du tout à la personne au profil du chat. L’agresseur changera de cible rapidement.


Tout réside dans la domination, la position haute, le besoin d’avoir raison. Et cette remise en question, par votre simple présence fera toute la différence. Ne pas entrer dans ce jeu et mettre toutes les cartes visibles sur la table anéantit la tentative de pouvoir. Mais pour cela, il faut pouvoir se voir à la bonne place, fière de soi, plutôt que coupable d’avoir vu et/ou subi.


Alors, quand on vous attaquera de manière aussi mesquine, ouvrez simplement les livres, avec bienveillance, sans hargne et voyez comment cela vous coulera ensuite comme l’eau sur le dos d’un canard. Enlevez le D, celui qui Domine, qui Démolit, qui Détruit, qui Dénonce, et Énoncez, vous garderez ainsi toutes vos Énergies !


Et si vous ne savez pas vraiment comment vous y prendre, c’est correct, vous pouvez l’apprendre. Commencez alors par consulter, vous vous Endurcirez plutôt que d’Endurer.



À bientôt !

Sherbrooke, info@resileste.com

© 2017 par Corinne Zacharyas, Ph.D.

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