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© 2017 par Corinne Zacharyas, Ph.D.

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Chercher la différence... en soi


Je vais vous compter une anecdote, un bout de vie, comme il m’arrive de le faire parfois dans mes textes de blog…


Il y a plusieurs années maintenant, j’ai fait un voyage de groupe pour aller rencontrer la tribu Achuar en équateur. Un long voyage ! D’abord l’avion, puis tout un périple jusqu’à notre camp érigé par les Achuar eux-mêmes au beau milieu de la forêt. Pour y arriver, pas de chance, il pleuvait des cordes ! Une grande marche en prenant une douche, l’expédition donc. Ce groupe était organisé par deux personnes qui parlaient français comme langue maternelle. Cette information est importante pour la suite. L’organisation se faisait des États-Unis et l’expédition enrobée de toutes sortes de partages se ferait dans la langue de Shakespeare plutôt que Molière . Mon conjoint et moi, qui parlons un anglais, un peu pathétique, mais on s’en sort, on était donc d’accord. Tous parlaient anglais, mais une bonne moitié parlait parfaitement bien le français. Le but du voyage était de rencontrer l’étranger, la différence, l’autre, les autres, les coutumes, bref de s’ouvrir l’esprit et le cœur.


Ce voyage fut très intéressant sur cette notion de différence, car il a été un véritable cauchemar linguistique et culturel. Mon conjoint et moi étions les seuls à parler anglais comme des vaches espagnoles ! Et très souvent, nous étions laissés pour compte, abandonnés dans notre éventuelle incompréhension. Nous avions fait ce choix vis-à-vis de la langue. Mais dans les conversations plus privées entre personnes parlant d’abord le français, un petit effort aurait été apprécié. Lorsque nous tentions de nous faire comprendre et cherchions les bons mots souvent, il n’y avait pas vraiment d’effort non plus pour nous aider à nous intégrer. Le terme est très important. J’avais personnellement l’impression d’une exclusion et d’un refus de commodité linguistique. Cela n’est pas vraiment grave, nous étions d’accord comme je l’ai déjà mentionné. Pourquoi alors est-ce que je vous raconte ceci ? À cause de la différence justement. Nous allions faire un voyage extraordinaire, très loin de tout, de nous, de nos habitudes, de nos contrées et au sein même du groupe, la différence était très perceptible, mais jamais considérée, plutôt ignorée ! Je trouvais cela à la fois insultant et fascinant.


Les humains, nous aimons aller voir ailleurs si l’herbe du voisin sera meilleure. Mais nous en négligeons de regarder autour de nous, tout près de nous, pour voir ce qu’on pourrait bien y faire à notre niveau. Englués d’indifférence et de suffisance, d’habitude décolorante, nous ne percevons plus les moindres couleurs de nos différences et leur apport inestimable pour le monde entier. Et de fait, nous ne percevons plus nos limites et nos forces à notre niveau.


Dernièrement, une jeune fille, adolescente aux airs d’enfant naïf, a remué des millions de personnes à travers le monde pour faire entendre à nos divers gouvernements l’urgence d’agir pour sauver son futur environnement à partir de maintenant. Des millions de personnes ! C’est super, et bravo. Mais je m’interroge sur cette manière de renvoyer plus loin, et aux autres notre responsabilité personnelle d’agir. À notre petit niveau de citoyen se dessinent des tonnes d’aberrations en total désaccord avec cette réunion humanitaire pour le bien commun. Il faut que cela change, mais à mon niveau, qu’y puis-je ? Comme dans mon groupe d’expédition, allons voir loin, aveuglé par la proximité.


Regardez autour de vous toutes ces petites actions qui pourraient être faites. Par exemple… Toutes les semaines nous allons faire les épiceries. Nous achetons ce que nous allons consommer… ou jeter. Nous tentons éventuellement d’acheter plus responsablement, plus sainement aussi… Mais nos actions sont délinquantes autour de cette simple action hebdomadaire. Voyez les paniers d’épicerie, délaissés au milieu des stationnements ou empilés à l’entrée des casiers de chargement. Pourtant, bon nombre d’entre nous aiment jouer à ces jeux d’empilement de cubes aux formes diverses. Pourquoi ne pas le faire là, en sortant de l’épicerie ? Quel rapport avec notre environnement, notre désir de changement ? C’est vrai que des gens sont payés pour aller chercher ces fichus chariots et les ramener proche du magasin. En Europe, on a instauré des systèmes où il faut mettre une pièce, un jeton maintenant, pour avoir un chariot. Il faut ensuite le ramener dans ces systèmes pour récupérer sa pièce ou son jeton. Faut donc avoir à perdre quelque chose pour se mettre en action ! Ces millions de gens mobilisés pour aller supporter les marches pour un changement de gouvernance, ils vont faire leur épicerie, mais attendent aussi que les choses changent grâce à l’action des autres d’abord. Et pourtant pendant ce temps, partout, mais vraiment partout, dans les stationnements des épiceries, les chariots sont abandonnés au gré de la paresse du monde. Je ne prends que cet élément pour vous parler de l’importance de regarder autour de soi, et d’agir à son niveau, de prendre sa responsabilité première. Il y a tellement d’autres choses qui pourraient être soulignées et je suis certaine que vous avez des idées en tête.


Je me suis mise à ranger les chariots dans les espaces réservés à cet effet. Au début je ne faisais que râler tandis que je tentais d’insérer mon propre chariot. Parfois je ne parvenais pas à placer mon chariot. Parfois je devais déplacer des chariots bloquant la circulation des autos. J’observais les choses et bien qu’indignée, je ne faisais rien. J’espérais que les choses changent, que les autres fassent ce qu’ils avaient à faire. Et puis je me suis dit que redonner au suivant consistait aussi à montrer l’exemple. Alors je me suis mise à remettre les chariots là où je reporte le mien, pas dans tous les espaces réservés tout de même ! Les gens autour me voient et il se peut que quelques-uns y voient la pertinence d’en faire autant. Désormais, une minute de mon temps m’amène à tenir compte de mon environnement immédiat, et à éviter de m’enrager sans rien faire. Ce petit acte, gratuit, altruiste, car je n’attends rien en retour, aussi insignifiant soit-il, contribue pourtant aux changements globaux tant désirés, en commençant par me nourrir moi de satisfaction d’avoir bien agi. Et tient donc, l’altruisme, l’action pour le bien commun, ça compte en résilience !


Comment des chariots bien rangés peuvent améliorer l’environnement et le processus de changement des individus? Aucunement dans un effet immédiat, mais cela incite à observer et à considérer ce qui nous entoure juste là tout près de nous. Si tous les gens qui jettent leurs mégots de cigarette les gardaient jusqu’à une poubelle pour les recueillir, c’est un autre exemple, il s’agirait là encore d’un acte de civisme en lien avec le respect de notre environnement(https://www.lapresse.ca/actualites/enquetes/201907/19/01-5234533-montreal-un-cendrier-a-ciel-ouvert.php).


Ces changements arriveraient davantage, en commençant tout près de soi, à son niveau, comme en rangeant son chariot. Alors, on prendrait l’habitude d’observer autour de soi, rien de moins. Pas compliqué, n’est-ce pas ? Cessons de marcher pour une cause et agissons dans l’instant, à chaque instant parce que le changement, c’est de chacun de nous qu’il doit partir, pas des autres. C’est la différence entre la responsabilisation de soi et l’assistanat ! Et donc, si vous voulez du changement dans votre vie, c’est le temps d’en prendre les rênes plutôt que d’attendre des autres qu’ils le fassent pour vous. En thérapie c’est la même chose. Ce n’est pas le thérapeute qui fera le changement, il n’est pas magicien. C’est vous qui, avec son aide, abordez votre changement.


Alors à l’ère bien éphémère des bonnes résolutions de début d’année, soyez responsable et engagez-vous pour votre bien-être dans chacun de vos choix.